AERO-ZORN

Interview de Ivan HAAS

Ivan est le nouveau champion de France jeune de parapente. Formé au pôle espoir de Font-Romeu et membre du pôle France, il participe aux prestigieuses manches de coupe du monde de parapente PWC et vient de réaliser une belle performance lors de la superfinale de Disentis regroupant les meilleurs pilotes du monde.

A-Z : Salut Ivan, félicitations pour ton titre de champion de France Junior en parapente ! Merci de prendre un peu de temps pour répondre à cette interview. Où as-tu volé aujourd’hui?

Ivan : En ce moment je suis à Organyà pour faire de la voltige. Je m’entraîne avec Hugo Chauvin, un bon pote à moi qui a mon âge et qui est super fort en acro, et tous les acrobates du coin qui sont super sympas.

A-Z : Peux-tu raconter comment tu as commencé le parapente ?

Ivan : C’est un peu comme tous mes potes, c’est via mon père qui volait devant moi depuis que j’ai 11 ans environ. Cela m’a toujours donné envie, mon père nous a rapidement accrochés sous des voiles pour faire du gonflage. Puis j’ai fait mon premier vol à 14 ans à Annecy lors de vacances avec mes parents.

A-Z : Et du coup tu as enchaîné direct ? Tu t’es inscrit dans un club et tu as suivi une formation ?

Ivan : En fait non, pas trop, pendant presque 1 an je n’étais pas très actif. Je volais comme ça à droite à gauche pendant les vacances, j’ai mordu tout de suite mais n’avais pas vraiment l’occasion de faire beaucoup de vols. C’est après que mon père ait vu une affiche pour le pôle espoir de Font-Romeu, la section sportive. Il a tout de suite pensé que c’était pour moi et m’en a parlé. Au début, comme j’avais 15 ans et que Font-Romeu est exactement à l’opposé de la Lorraine, je n’étais pas super chaud et je me suis dit que je vais faire la sélection et voir comment c’est sur place.

En faisant la sélection cela m’a beaucoup plu, l’infrastructure, les gars que j’ai rencontrés. Le lieu est incroyable, il y a un internat avec tous les types de sportifs (…) j’ai adoré l’ambiance.

A-Z : Est-ce que tu peux raconter le fonctionnement de la sélection ?

Ivan : Du coup, c’était des tests en vols pas très sévères. Il fallait montrer que l’on était autonome c’est à dire décoller, voler, atterrir. Je volais avec une voile en A, ce n’était pas du tout rédhibitoire, nous avons fait de la pente école pour tester nos capacités avant de voler. Ensuite il y avait des tests physiques et des jeux de groupes, foot, volley, handball tous ensemble avec les candidats. Cela paraissait anodin mais ils nous observaient, quel était notre comportement dans le groupe, notre motivation. Par exemple à tour de rôle ils nous ont mis dans une équipe moins forte et voulaient voir comment nous nous comportions dans une situation de défaite. Ils nous disaient vraiment d’essayez de ne rien montrer, d’être le plus naturel possible et qu’ils essaieraient d’évaluer qui a le plus de potentiel et non pas celui qui a le meilleur niveau.

Le pôle espoir ne sélectionne pas les meilleurs pilotes mais les forme.

A-Z : Du coup tu es entré à 15ans, c’est ça ? Et tu as fait tout le parcours du lycée ?

Ivan : Il y avait 2 structures à l’époque, la section sportive et le pôle espoir. Je prétendais à entrer dans la section sportive vu mon niveau et en fait j’ai été pris directement au pôle espoir. Je ne m’y attendais pas et étais le moins expérimenté, le moins bon à l’entrée. J’ai trouvé ça très difficile au début, pendant 6 mois c’était vraiment compliqué et au final cela a été très stimulant. Du coup j’ai fait ma 1ère et ma terminale là-bas.

A-Z : Comment étaient tes journées ?

Ivan : Nous avions un parcours de lycée normal sauf que nous avions 4 h de théorie par semaine où l’on débriefait les vols, on parlait de la réglementation en compétition. Ensuite nous avions 5 h de préparation physique par semaine réparties en 2 soirs. Les mercredis après-midi, les samedis et les dimanches nous allions voler. Nous n’avions jamais vraiment de temps de pause pour rentrer voir la famille en dehors des vacances.

A-Z : C’est vraiment un cocon, presque l’armée !

Ivan : Ce n’était vraiment pas de la souffrance mais il n’y avait pas de place pour des activités annexes.  A l’époque je faisais énormément de vélo de descente, c’était vraiment cela qui m’animait, Je pensais continuer à Font-Romeu, je n’arrivais pas à m’imaginer arrêter. Mais depuis que je suis rentré au pôle je n’ai presque plus fait de vélo.

On avait aussi les cours.  J’ai passé un bac S.

A-Z : En quoi consistaient vos entraînements ?

Ivan : Nous étions divisés en 2 groupes de niveau généralement. Un groupe partait en cross, il faisait une manche de compétition et l’autre groupe travaillait le thermique. On changeait de groupe en fonction de notre niveau. J’ai passé un peu plus de 6 mois dans le groupe thermique, le but était d’être toujours le plus haut possible, de faire un décollage et un atterrissage propres. Des choses assez basiques, on jouait au jeu du roi du contrôle que l’on avait inventé où il fallait toujours être le plus haut de tous. Celui qui restait le plus longtemps le plus haut passait dans le groupe cross.

Dans le groupe cross on rentrait chaque jour une manche dans le GPS mais c’était une manche infaisable, très souvent personne ne bouclait. Cela s’apparentait plus à du cross country qu’à une vraie manche de compète. Une manche de compétition se boucle souvent en 2 h, là la manche servait uniquement à ce que nous partions tous sur le même axe pour faciliter la récupération des 20 personnes qui composent le groupe.

A-Z : Comment se passait la progression ? Est-ce que tu avais la pression pour changer de voile ?

Ivan : Souvent nous les jeunes voulions changer de voile et avions du mal à avoir l’accord des coachs pour l’obtenir. Je dirais que c’était plutôt l’inverse, j’étais incité à pousser ma voile dans ses retranchements plutôt que de changer tôt. Je ne me sentais pas bridé du tout, entre le moment où je voulais changer de voile et le moment où j’étais autorisé à changer il se passait 1 mois peut-être.

Via le pôle espoir tous les constructeurs envoyaient une voile pour faire des essais groupés. Nous pouvions essayer toutes les voiles en C du moment.

A-Z : Est-ce que vous preniez du lest ?

Ivan : Alors moi j’avais la plus petite taille de voile et il me fallait quand même deux bouteilles d’eau avec moi. Le lest vient plus tard avec les voiles en 2 lignes mais avant ça on l’évite. Par contre d’autres pilotes, notamment des filles, ont des gros problèmes avec ça parce que les plus petites tailles disponibles ne correspondent pas à leur PTV.

Aujourd’hui je pèse 71kg et je vole à 101 ça fait 6 kg de lest à peu près.

Pour revenir sur le côté entraînement, il faut dire qu’au début c’était très difficile car il ne faut pas oublier le côté scolaire. La principale raison pour laquelle des jeunes quittent le pôle ou se font refouler aux sélections est l’aspect scolaire. L’accent est vraiment mis la-dessus, le lycée a 99 % de réussite et pour pouvoir cumuler le sport et le scolaire il faut avoir un peu d’avance et rester à jour.

A-Z : Dans le cadre scolaire est-ce que tu côtoyais d’autres sportifs ?

Ivan : C’est le truc qui m’a le plus plu à Font-Romeu, tout m’a plu, nous étions mélangés avec tous les sports dans la classe mais aussi à l’internat et dans le lycée. Si je prends l’exemple de  ma classe il y avait 4 nageurs, dont un qui vient de faire les JO de Tokyo il y a un mois. Une fille a fait 3ème aux JO junior, il y avait également des snowboardeurs freestyle dont un aux JO, des skieurs alpins, des biathlètes, des triathlètes, des grimpeurs, des lutteurs, etc.

J’ai trouvé ça passionnant.

A-Z : Est-ce que vous avez tous le statut de sportif de haut-niveau ?

Ivan : Je l’ai eu après Font-Romeu depuis mes 17 ans, d’abord j’ai eu le statut espoir mais il n’est pas du tout nécessaire pour être dans les classes de Font-Romeu.

Vraiment la mixité dans les sports je trouvais ça passionnant, nous avions des infrastructures qui permettaient à tout le monde de s’entraîner. Il y avait une piscine olympique, 2 piscines de 25m, un centre équestre, une patinoire, (ah oui j’ai oublié de te dire il y avait  3 shortrackeurs et une patineuse artistisque dans ma classe), une salle d’escalade, une salle de lutte, un gymnase énorme, des footballeurs.

Nous, en tant que parapentistes, nous sommes allés nager, grimper, faire de la lutte, beaucoup de ski de fond l’hiver, de l’athlétisme.

A-Z : Qu’as-tu fait après ton bac S ?

Ivan : Je n’étais pas sûr de mon orientation, j’ai fait à la fois mon PPL à Lyon et un IUT en plan B.

Ensuite j’ai laissé tomber l’IUT lorsque j’étais sûr de vouloir faire pilote de ligne. Je suis parti en Nouvelle Zélande pour apprendre l’anglais et pour ensuite faire une école ATPL théorique. En ce moment je suis à Barcelone à l’école pour faire pilote de ligne.

A-Z : Est-ce que cela te laissera du temps pour faire le circuit de coupe du monde de parapente à côté ?

Ivan : Ce qui est cool c’est que l’ATPL se planifie comme on le veut, j’ai fait le choix de faire une saison complète de parapente de mi-juin à  mi-septembre. Cet été je n’ai fait que voler. En parallèle de l’IUT et du passage du PPL j’ai intégré l’équipe de ligue Rhône-Alpes pendant 1 an et ensuite j’ai rempli les quotas pour être au pôle France.

A-Z : Est-ce que tu peux nous parler un peu de tes résultats en compétition, notamment le championnat de France et la Superfinale de coupe du monde où tu as terminé 19ème et fait une belle 5ème place sur la manche 4 ? 

Ivan : Je suis champion de France jeune (-21 ans), ensuite je me suis qualifié à la superfinale en faisant 13ème à la coupe du monde en Serbie,  3 semaines avant la finale. L’année d’avant j’étais 5ème d’une pré-coupe du monde à Ager et 4ème du championnat d’Espagne.

Le circuit de coupe du monde fonctionne avec des lettres. Selon la place obtenue dans une compétition et le niveau de la compétition tu reçois une lettre. Au championnat d’Espagne une compétition de niveau 3, le premier a A, le deuxième a B, les 3 et 4èmes ont C, etc. En coupe du monde les cinq premiers ont A. En fonction des lettres reçues, tu te qualifies pour les compétitions de la saison prochaine.

A-Z : Quel est ton plan pour l’avenir ? Est-ce que tu vas continuer les coupes du monde pour monter dans le classement ?

Ivan : Oui c’est vraiment l’objectif, la prochaine compétition est une pré-coupe du monde qui se déroule à Font-Romeu justement, au-dessus du lycée. Si j’arrive à faire un top 10, j’aurais sûrement une meilleure lettre que celle que j’ai pour l’instant. Ensuite les lettres ne sont pas tellement importantes, ce qui compte c’est le classement mondial WPRS (http://civlrankings.fai.org/?a=326&ladder_id=3°) Il y a un classement général et junior. Je suis 67ème au général et 5ème chez les moins de 25ans. Plus je fais de compétitions, plus j’ai l’impression de progresser et de trouver de nouvelles pistes de travail pour m’améliorer. Tant que je pourrais le faire je continuerai, j’ai plus faim que jamais, je suis surmotivé.

A-Z : Et ta pratique de l’acro en ce moment, c’est une recherche de progression ou c’est pour t’amuser, pour voir autre chose que le cross et la compète ?

Ivan : C’est vrai que à la base c’est pour voir autre chose. Je trouve qu’avec les voiles de courses c’est devenu très compliqué. Il y a beaucoup de matériels, de gros cocons, l’équipement électronique à gérer ; d’ailleurs ils viennent de sortir le submarine (cocon ultra profilé). Même mon cocon a un tube qui traverse toute la sellette pour prendre l’air devant et gonfler le carénage à l’arrière. Ce tube est très fragile, il faut le plier avec soin, le réparer souvent. Nous avons des sacs très lourds, le mien fait 30 kg, c’est très contraignant. C’est cool de faire du parapente plus simple, l’accro est très différent et en même temps c’est un bon complément pour le cross. Cela m’aide à tenir ma voile dans des conditions très fortes en Suisse avec des voiles très allongées. Ca donne de l’expérience avec la voile en vrac. A la base c’était pour voir autre chose mais maintenant je progresse vite, j’ai des bons conseils avec de bons copains, j’ai pour projet de faire de la compétition en acro aussi.

A-Z : Et le marche et vol ?

Ivan : Alors cette année j’ai eu de gros problèmes avec mon ligament croisé. C’est déjà une victoire d’avoir pu faire la saison de compétition, je n’ai pas pu trop pratiquer. Mais sinon ce n’est pas quelque chose qui m’attire, je fais du vol bivouac avec les copains.

A-Z : J’ai oublié de te demander si tu préférais les conditions de montagne ou de plaine ?

Ivan : En cross seul je préfère les grosses montages et de loin. En plaine c’est trop difficile de faire de gros triangles alors qu’en montagne c’est plus simple. J’ai grandi en Lorraine mais j’ai fait mes études à Annecy et à Font-Romeu , je dirais que je me sens plus chez moi en montagne. Mais j’aime  bien la plaine.

A-Z : Quel est ton volume de vols annuel ?

Ivan : Je suis environ à 300 h, ça paraît énorme mais la compétition en Italie faisait 7 manches à quasiment 5 h de vols par jour. Les bonnes journées à Organya je peux également faire 5 h en acro ce qui est énorme car très dur physiquement. Au final même depuis Barcelone je peux aller voler dans les Pyrénées le weekend, je suis à 2 h 30 de route. C’est possible parce que j’ai la chance d’avoir mes parents qui me soutiennent et m’aident financièrement. J’ai beaucoup de chance d’être soutenu par ma famille dans mon projet sportif.

A-Z : Pour conclure as-tu un conseil pour quelqu’un qui débute ?

Ivan : Pour un jeune de 14 ans on ne se rend pas forcément compte que dans le monde du parapente il y a beaucoup de jeunes motivés. Il ne faut pas avoir peur de voyager et de s’entourer d’autres jeunes, la fédération et les clubs organisent beaucoup de stages pour les jeunes. Vraiment profitez de tout ce qui est fait pour vous.

Ensuite de façon plus générale, je conseille aux débutants de s’entourer de gens de leur niveau. Pas forcément de gens plus forts mais c’est en faisant progresser et en progressant avec les pilotes de même niveau que c’est le plus efficace. En l’air on se tire la bourre mais au sol on se conseille, le parapente est un sport d’équipe ! Lorsque les élèves parlent ensemble il y a un truc qui se passe.

A-Z : Merci encore d’avoir donné de ton temps pour cette interview et bonne continuation sur les compètes et à l’école de pilote de ligne !

https://pwca.org/ site des coupes du monde de parapente

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